En octobre 2026, j'ai déplacé les 30 articles du blog de seopress.host (ma plateforme d'hébergement) vers jeremiesamson.fr, le site que vous lisez. Un changement de domaine, donc le type de migration le plus délicat pour le référencement. Au même moment, deux pages d'offre de symfolidity.com ont aussi changé d'adresse.
Tout s'est bien passé, à une erreur près que j'ai rattrapée avant qu'elle ne coûte quelque chose. Cet article reprend la méthode suivie, étape par étape, pour que vous puissiez l'appliquer à votre propre site, que vous changiez d'hébergeur, de nom de domaine ou que vous refassiez votre site.
Ce qui fait vraiment perdre du trafic pendant une migration
Google classe des adresses (des URL), pas des sites dans l'absolu. Une page bien positionnée l'est à une adresse précise. Les pertes de trafic viennent presque toujours de l'une de ces quatre causes :
- Des adresses qui changent sans redirection : Google et vos visiteurs tombent sur une page d'erreur 404, et la page perd ses positions.
- Des contenus perdus en route : titres de pages, descriptions, textes alternatifs des images, réglages de l'extension SEO qui ne suivent pas.
- Un site coupé plusieurs heures ou plusieurs jours pendant la bascule.
- Un nouveau serveur plus lent que l'ancien.
Le niveau de risque dépend du type de migration :
| Situation | Les adresses changent ? | Risque |
|---|---|---|
| Changer d'hébergeur, même domaine | Non | Faible si les adresses restent identiques |
| Changer de nom de domaine | Toutes | Élevé sans plan de redirection |
| Refaire le site | Souvent une partie | Élevé : c'est la migration la plus souvent ratée |
Un simple changement d'hébergeur, quand les adresses ne bougent pas, ne demande aucune redirection. Le reste de cet article concerne surtout les deux autres cas.
Étape 1 : faire l'inventaire de toutes vos URL
Avant de toucher à quoi que ce soit, il faut la liste complète des adresses du site actuel. Trois sources se complètent :
- Le sitemap de votre site (souvent à l'adresse
/sitemap.xmlou/sitemap_index.xml), qui liste les pages publiées. - La Search Console, rapport « Performances », onglet « Pages » : ce sont les pages qui reçoivent réellement du trafic depuis Google. Exportez-le, ce sont vos priorités.
- Un robot d'exploration comme Screaming Frog SEO Spider, dont la version gratuite suffit pour un petit site. Il parcourt votre site comme Google et trouve aussi les pages oubliées du sitemap.
Pour mon blog, la liste tenait en 30 lignes. Pour un site vitrine, c'est souvent moins. Pour un site éditorial de plusieurs centaines d'articles, ce tableau devient le document central de la migration.
Étape 2 : savoir qui utilise chaque URL
C'est l'étape que tout le monde oublie, et c'est celle où j'ai failli me tromper.
Parmi les pages de l'ancien site figurait un guide de migration. Dans mon plan, il devait rediriger vers jeremiesamson.fr comme le reste. Sauf que ce guide n'était pas seulement une page lue par des visiteurs venus de Google : l'espace client de la plateforme renvoyait vers lui. Le rediriger aurait envoyé mes clients, au milieu de leur migration, vers une page qui ne correspondait plus à ce qu'ils cherchaient. Je l'ai repéré, la page a été rétablie à son adresse d'origine.
La leçon : avant de rediriger une URL, demandez-vous qui s'en sert, pas seulement Google. Pour une TPE, pensez notamment à :
- vos devis, factures et signatures d'e-mail ;
- les QR codes imprimés sur une vitrine, un flyer ou une carte de visite ;
- votre fiche d'établissement Google, vos profils sur les réseaux sociaux et les annuaires ;
- un logiciel ou un formulaire externe (réservation, paiement, espace client) qui pointe vers une page précise.
Une redirection propre suffit dans la plupart de ces cas. Mais certaines pages doivent rester exactement où elles sont, et il vaut mieux le savoir avant la bascule.

Étape 3 : écrire le plan de redirection 301
Une redirection 301 dit au navigateur et à Google : « cette page a déménagé définitivement à cette nouvelle adresse ». Google transfère alors les positions de l'ancienne page vers la nouvelle (documentation de Google sur les redirections). Une redirection 302, à l'inverse, signale un déplacement temporaire : elle n'a rien à faire dans une migration.
Le plan de redirection est un simple tableau à deux colonnes : ancienne adresse, nouvelle adresse. Quatre règles à respecter :
- Chaque page vers son équivalent. Sur mon blog, chaque article de seopress.host redirige vers la même adresse sur jeremiesamson.fr :
seopress.host/blog/mon-article/devientjeremiesamson.fr/blog/mon-article/. - Un seul saut. L'ancienne adresse doit mener directement à l'adresse finale, sans passer par une adresse intermédiaire qui redirige à son tour. Ces chaînes ralentissent le site et compliquent le travail de Google.
- Jamais tout vers la page d'accueil. C'est tentant, mais Google traite une redirection vers une page sans rapport comme une page introuvable, et la page perd ce qu'elle avait acquis.
- Une page supprimée sans équivalent peut renvoyer un code 410 (« supprimée définitivement ») plutôt qu'une redirection artificielle.
Une migration est aussi l'occasion de faire le ménage. Sur nomadesurrails.fr, mon blog de voyage en train, je fusionne en ce moment des articles faibles qui se disputent la même requête : un article sur les cerisiers en fleurs au Japon, que Google n'avait jamais indexé, a rejoint un article plus large sur le Japon selon les saisons, avec une 301 de l'un vers l'autre. Ce blog-ci a suivi la même logique : 30 articles importés, 15 conservés, les autres fusionnés ou retirés.
Où poser les redirections
Sur un site WordPress, l'extension gratuite Redirection permet de les saisir depuis l'administration, sans toucher au serveur. Pour un changement de domaine, les règles se posent plutôt au niveau du serveur de l'ancien domaine (fichier .htaccess ou configuration de l'hébergeur), puisque l'ancien WordPress n'a plus vocation à tourner. Si vous n'êtes pas à l'aise avec ces fichiers, c'est typiquement le travail à confier à votre prestataire ou à votre hébergeur.
Étape 4 : migrer sans couper le site
Votre site actuel n'a aucune raison d'être hors ligne pendant la migration. La méthode que j'applique pour les sites que j'accueille sur mon hébergement :
- je crée le nouveau WordPress sur un sous-domaine temporaire ;
- le contenu y est importé (fichiers, base de données, médias) ;
- on vérifie tout sur ce sous-domaine : pages, formulaires, images, réglages SEO ;
- on bascule le nom de domaine seulement quand tout est validé.
Pendant toute cette période, vos visiteurs continuent d'utiliser l'ancien site normalement. Avant de commencer, assurez-vous d'avoir une sauvegarde complète du site d'origine, fichiers et base de données.
Étape 5 : vérifier les redirections une par une
Une redirection « qui devrait marcher » n'est pas une redirection vérifiée. Sur ma migration, j'ai contrôlé chaque ancienne URL avec curl, un petit outil en ligne de commande qui affiche la réponse brute du serveur :
curl -sI https://seopress.host/blog/mon-article/Ce que je vérifie pour chaque ligne :
- le code renvoyé est bien
301(et pas302) ; - l'en-tête
locationpointe vers la bonne page du nouveau domaine ; - cette page de destination répond
200, sans nouvelle redirection derrière.
Sans ligne de commande, Screaming Frog fait le même contrôle : passez-le en mode « List », collez votre liste d'anciennes URL, et il affiche le code de réponse et la destination de chacune.

Étape 6 : prévenir Google et surveiller
- Le sitemap. Le nouveau site doit avoir un sitemap qui ne liste que les nouvelles adresses, soumis dans la Search Console. Côté ancien site, j'ai vidé le sitemap de seopress.host de ses articles : il n'a plus à proposer à Google des pages qui redirigent.
- L'outil de changement d'adresse. Si tout votre domaine déménage, la Search Console propose un outil de changement d'adresse à utiliser après la mise en place des redirections. Dans mon cas, seopress.host continue d'exister et seul le blog a bougé : ce sont les 301 qui font le travail.
- Les liens internes. Mettez à jour les liens de vos propres pages pour qu'ils pointent directement vers les nouvelles adresses, sans passer par une redirection.
- La surveillance. Pendant les semaines qui suivent, regardez dans la Search Console les pages en erreur 404 (ajoutez une redirection pour chacune) et l'évolution de vos pages principales. Des variations de positions dans les premiers jours sont normales.
- La vitesse. Mesurez vos pages principales avec PageSpeed Insights avant et après : le nouvel hébergement doit faire au moins aussi bien que l'ancien.
Google détaille l'ensemble de la démarche dans son guide sur les déménagements de site avec changement d'URL.
La checklist en résumé
- Liste complète des URL actuelles, avec les pages qui reçoivent du trafic en tête.
- Pour chaque URL : qui l'utilise en dehors de Google ?
- Plan de redirection 301 page à page, un seul saut, jamais vers l'accueil par défaut.
- Sauvegarde complète du site d'origine.
- Nouveau site monté et vérifié sur un sous-domaine temporaire.
- Bascule du domaine, puis contrôle de chaque redirection.
- Sitemap à jour, liens internes corrigés, Search Console surveillée.

Se faire accompagner
Si vous changez d'hébergeur, la migration fait partie de mon offre d'hébergement WordPress : je prépare le site sur un sous-domaine temporaire, on vérifie ensemble, et on bascule quand tout est prêt, sans coupure.
Si vous préparez une refonte ou un changement de domaine sur un site qui vit de son trafic, un audit SEO technique avant la migration permet d'établir l'inventaire des pages qui comptent et le plan de redirection complet, pour ne rien découvrir après la bascule.
